PARACHA vayigach

VAYIGACH

וְלֹא-יָכֹל יוֹסֵף לְהִתְאַפֵּק, לְכֹל הַנִּצָּבִים עָלָיו, וַיִּקְרָא, הוֹצִיאוּ כָל-אִישׁ מֵעָלָי; וְלֹא-עָמַד אִישׁ אִתּוֹ, בְּהִתְוַדַּע יוֹסֵף אֶל-אֶחָיו « Joseph ne put se contenir, malgré tous ceux qui l’entouraient. Il s’écria : « Faites sortir tout le monde d’ici ! » Et nul homme ne fut présent lorsque Joseph se fit connaître à ses frères. » Ce passage est le sommet de la tension de l’histoire que nous lisons depuis déjà trois semaines. Yossef a été malmené, vendu et emprisonné. Ses frères ont souffert de la famine, sont venus une première fois devant lui (sans le reconnaître) pour lui acheter du blé, sont repartis, revenus avec Benjamin, et, accusés de vol, se retrouvent à nouveau devant lui pour négocier la liberté de leur frère cadet afin de ne pas faire mourir leur père de chagrin. Et là, Yossef n’en peut plus. Il craque. Il ne peut plus « se contenir ». Le verbe employé en hébreu est assez rare dans la Bible. Il a été traduit par les commentateurs classiques par « supporter » (Rachi et Abraham Ibn Ezra). Supporter quoi ? Supporter la honte de sa famille devant des étrangers, raison pour laquelle il demande à tout le monde de sortir. Mais d’autres notent que la racine est plutôt à rapprocher de la force que peut avoir un cours d’eau lorsqu’il y a un courant. Yossef ne put se retenir… de pleurer. C’est grâce aux sanglots de Yossef que cette histoire de haine fratricide ne se termine pas en vengeance impitoyable : au lieu de les punir, il décide de se dévoiler dans tous les sens du terme : leur montrer qui il est et ce qu’il ressent. En ne retenant plus ses larmes, en exprimant ses sentiments et son émotion à ses frères- stupéfiés- et à nous lecteurs, il nous donne une grande leçon : même quand le droit, la justice et la morale sont de notre côté, on a toujours le choix de transformer la vengeance en revanche.

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