PARACHA berechit

BERECHIT

« Toutes les Bibles du monde font commencer « La » Bible par un « Au commencement ». Il est devenu tellement usuel qu’il peut sembler parfaitement incongru de préciser qu’en hébreu, le mot Bereshit, premier mot de la Tora hébraïque, n’a pour sa part jamais signifié « Au commencement ». Traduire incessamment Bereshit par « Au commencement » a induit une quantité de contresens dont il ne va pas être aisé de se départir. Avec ce « commencement », l’Occident, et avec lui une grande partie de l’humanité, a pu se persuader que le monde a eu un commencement, et chaque individu être convaincu du début de sa propre existence. Il va sans dire que la Bible n’est pas la seule responsable de l’évidence supposée du concept de commencement. Mais, par son retentissement, elle a perpétué sans retenue particulière la croyance qu’il y aurait un instant « t » à partir duquel les choses auraient commencé. Le fait est qu’il est impossible de situer précisément cet instant « t » et pour le commencement du monde, et pour le commencement de soi. Les plus fervents disciples du big bang sont en train de remettre en cause de moins en moins discrètement une hypothèse dont ils se sont ravis hier, et dont timidement, aujourd’hui, ils se ravisent, semble-t-il. Ainsi, ce « commencement » virtuel du monde est forcément remis en question, comme le sont, un jour ou l’autre, tous les commencements. »
Pierre-Henry Salfati, Le premier mot, Fayard, 2020, p. 9

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